Non loin d’un village vivait un vieil homme que tout le monde respectait.
Il n’était plus aussi fort qu’autrefois. Ses cheveux étaient devenus blancs, son dos s’était légèrement courbé, mais ses yeux gardaient une étrange sérénité.
Chaque matin, avant le lever du soleil, il prenait sa hache et partait dans la forêt.
Un jour, un jeune homme lui demanda :
— Joseph, quel est le plus grand arbre que vous ayez jamais abattu ?
Le vieil homme sourit.
— Viens avec moi.
Ils marchèrent longtemps jusqu’à arriver devant la souche d'un énorme banian.
Son tronc était si large qu’il aurait fallu cinq hommes pour en faire le tour.
Le jeune homme éclata de rire.
— Personne ne peut couper un arbre pareil tout seul !
Le vieux bûcheron posa doucement sa main sur l’écorce.
— C’est ce que je croyais aussi.
Puis il raconta.
J’étais jeune lorsque j’ai commencé à travailler sur cette parcelle de forêt.
On m’avait demandé de préparer le terrain pour y construire des maisons.
Tous les arbres étaient tombés… sauf celui-ci.
Je l’ai frappé toute une journée.
Rien.
Le lendemain encore.
À peine une entaille.
Après une semaine, j’avais l’impression de n’avoir rien accompli.
Les hommes du village riaient.
— Abandonne !
— Tu perds ton temps !
— Choisis un autre endroit !
J’ai failli les écouter.
Mais chaque soir, je posais ma main sur le tronc.
Et je voyais la marque de mes coups.
Elle était petite…
Mais elle existait.
Alors je revenais le lendemain.
Un coup.
Puis un autre.
Encore.
Les jours sont devenus des semaines.
Les semaines des mois.
Parfois je pensais vraiment que cet arbre ne tomberait jamais.
Puis un matin…
Alors que je levais ma hache sans y croire davantage que les jours précédents…
J’ai entendu un bruit.
Un simple craquement.
À peine perceptible.
Les autres ne l’auraient peut-être même pas remarqué.
Mais moi, je l’ai entendu.
Je me suis dit :
“Quelque chose a changé.”
Alors j’ai continué.
Toute la journée.
Le lendemain.
Et encore le suivant.
Les craquements sont devenus plus fréquents.
Puis, un matin, toute la forêt s’est mise à résonner.
Le géant s’est incliné lentement…
très lentement…
avant de tomber dans un fracas qui fit s’envoler tous les oiseaux.
Les villageois ont applaudi.
Ils comprenaient que ce n'était pas ce dernier coup de hache qui avait fait tomber l'arbre
C’étaient les milliers de coups précédents.
Aucun n’avait été inutile.
Le jeune homme resta silencieux.
Le vieux bûcheron reprit :
— Tu vois, dans la vie, nous voulons souvent entendre le grand fracas.
Mais Dieu travaille souvent dans les petits craquements.
Le jour où tu crois que rien ne change est peut-être justement celui où les fibres commencent à céder.
Ne méprise jamais les petits coups fidèles.
Ils préparent les grandes victoires.
Le jeune homme regarda de nouveau le vieux banian.
Enfin… ce qu’il en restait : une immense souche, presque effacée par le temps.
Il comprit alors que la force n’avait pas été dans les bras du bûcheron.
Elle avait été dans sa persévérance.
Auteur inconnu
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