Il était une fois, au pays des hérissons, une famille Hérisson.
Je précise que le hérisson est un animal utile, car il détruit les insectes, les vers, les mollusques, les reptiles, et sous sa carapace de piquants il dissimule un trésor, les trésors ne sont-ils pas toujours bien gardés ? Peut-être le découvrirez-vous au long de cette histoire.
Monsieur Hérisson, grand, fort et tous piquants dehors, se prénommait Papakycétou (c’est un nom très courant chez les hérissons). Madame Hérisson, silencieuse et solide, s’appelait Mamamboule.
Ses six petits hérissons n’en perdaient pas une miette et ne la quittaient pas des yeux.
Père Hérisson savait énormément de choses et ses petits n’avaient qu’à bien l’écouter, sinon il se mettait à parler trop fort et leurs petites oreilles se repliaient, terrorisées.
Du coup, ils devenaient craintifs et se réfugiaient sous Mamamboule.
Elle se tenait parfois un peu à l’écart de son époux car il avait son caractère bien à lui.
Il était très fidèle au-dedans comme au-dehors et il apprenait à ses enfants que ce n’était pas pour rien qu’ils avaient tous un nez pointu.
Voilà ce qu’il leur disait :
« Votre nez pointu vous servira, quand vous serez grands, à tout sentir, à tout connaître et à tout reconnaître. »
Et il ajoutait :
« Mais pour cela, il faut d’abord m’écouter, car ce que je vous dis, c’est la Vérité. »
C’est une loi chez les hérissons, les pères ne disent que la Vérité.
Dans d’autres pays, il existe d’autres pratiques, certaines sont des fantaisies nommées « mensonges ».
Avec cela, on peut obtenir parfois quelques facilités, plus de douceur, quelques caresses.
Mais a-t-on vraiment envie de caresser un hérisson ?
Vous ne rencontrerez pas le mot « caresse » dans le dictionnaire des hérissons, chez eux ce n’est pas possible !
Seules les vérités de Papakycétou font la loi.
En dehors du chemin tracé par leur Papa, les petits hérissons n’avaient pas le choix, n’osaient pas s’aventurer, ils s’ennuyaient un peu.
Il y avait plein de tentations sur les côtés de ce chemin de « vérité » : coccinelles rouges flambant neuves, fourmis intrépides, blattes insidieuses, vermisseaux vigoureux, tendres limaces, tout cela leur semblait fantastique.
Mais dès que l’un d’eux faisait une tentative pour sortir du chemin, Papakycétou d’un coup de patte y remettait bon ordre. Car, disait-il, « tel ver n’était pas assez grand », « tel scarabée était encore trop vert », « telle chenille était trop poilue ».
L’apprentissage chez les hérissons ne se faisait qu’à coups de patte, c’était comme ça.
Mamamboule n’y pouvait rien, elle se taisait et ses amies l’appelaient entre elles « Mamankycétouf » (mais cela ne plaisait pas à son mari).
On pourrait croire qu’avec toute sa « sé-vérité », ce papa Hérisson aimait bien peu ses enfants.
C’est complètement faux.
Il les adorait. Il voulait le mieux pour eux et pour sa femme.
Il suait sang et eau, pour qu’ils ne manquent de rien.
Vous pensez, ils étaient six bouches à nourrir et il fallait courir tout le temps pour attraper une mouche par ci, un ver par là, un doryphore et que sais-je encore, tout ce qu’il faut en vitamines et en sels minéraux pour qu’ils puissent devenir tous malins et costauds.
Il se donnait corps et âme pour cela.
Cependant, comme tous les autres papas de tous les autres mondes, il n’était pas encore parfait et une chose le mettait hors de lui. Il ne supportait pas, mais alors pas du tout, qu’un seul de ses enfants lui donne du fil à retordre.
Aussi quand cela arrivait, il entrait dans des rages folles, arrachait tout sur son passage, déracinait même les pissenlits. Mamamboule, terrorisée, ne comprenait pas ce qui arrivait à son cher mari, si intelligent, généreux, dévoué d’habitude.
Pourtant, elle avait déjà remarqué que, chaque fois qu’il était contrarié, cela déclenchait le même cataclysme, bien qu’aucun d’entre eux ne trouve cela « drôle ».
Une colère de hérisson en colère, cela ne manquait pas de piquant(s) !
Mamankycétouf se fatiguait énormément à rester le plus longtemps possible en boule pour mieux protéger ses petits.
Malgré cela, les enfants Hérissons grandissaient tout en aimant leurs parents.
Ils comprenaient au fond pourquoi c’était comme ça. Papakycétou avait su le leur expliquer.
Mais montrer leur affection, leur tendresse, cela ils ne le pouvaient pas car, comme vous le savez déjà, chez eux les caresses ça n’existait pas.
L’amour qu’ils avaient les uns pour les autres, « ils se le gardaient à l’intérieur » et plus ils aimaient quelqu’un et plus leurs piquants poussaient et devenaient forts.
C’est comme cela qu’ils deviennent grands et solitaires, les hérissons. Auriez-vous déjà vu chemin faisant deux hérissons ensemble ? Ce serait un miracle !
Papa et Maman Hérisson s’étaient finalement donné tant de peine à l’ouvrage pour élever leurs six petits qu’un jour ceux-ci furent assez résistants et que Papa Hérisson donna son autorisation pour les laisser partir.
Madame Hérisson se retrouvait seule avec Papakycétou.
« Enfin ! se disait-elle, nous allons pouvoir penser à nous, être tranquilles museau contre museau, bavarder et peut-être découvrir autre chose. »
Patatrac ! Voilà que Monsieur Hérisson, n’ayant plus d’enfant à guider, plus de mouche à capturer que pour lui, plus de ver à découvrir que pour se distraire et une Mamamboule le regardant tout le temps, devint sombre et de plus en plus sourd. Rien ne pouvait enrayer sa tristesse, égayer ses journées.
Il se désespérait, se desséchant sur place, et plus personne au monde des hérissons ne savait comment le tirer de cette grisaille.
Un matin, Monsieur Hérisson, complètement usé par ses idées noires, courbaturé par ses envies de pleurer, malade de toutes ses douleurs de petit enfant hérisson qui lui remontaient dans la tête, gagna le bord de l’autoroute.
Il le savait, le choc serait fatal.
Une dernière fois il se mit en boule et de toutes ses forces tendit ses piquants vers ce dehors qui lui faisait si mal et ferma les yeux en attendant la fin.
C’est alors qu’il entendit, venue de très loin, une voix minuscule.
C’était celle de son cœur enchaîné aux cœurs de tous les siens par la loi des hérissons.
La voix était très douce, apaisante, belle comme une musique.
Il se laissa envahir par elle et, guidé par la mélodie, il retourna vers son abri.
L’entrée en était toute éclairée.
Mamamboule souriait, leurs six grands enfants revenus pour un temps, étaient là rassemblés.
Ils firent une ronde autour de lui, se serrèrent très fort, ne formant plus qu’une superbe boule épineuse.
De l’intérieur où régnait une chaude tendresse, filtrait une symphonie enchanteresse.
De l’extérieur, c’était comme un petit soleil égaré dans l’univers.
Un subtil parfum très divin s’éleva dans les airs.
De ce flux de douceur échappé du cœur de tous les siens, une belle histoire s’épanouit.
Papa Hérisson se sentit revivre, s’aperçut à quel point il était important pour eux, même s’il était devenu vieux et inutile, croyait-il (c’était son idée fixe).
Dans son émoi il comprit enfin qui il était vraiment, il tomba amoureux de la Vie.
Alors, ce trésor bien gardé, l’avez-vous trouvé ?
Texte de Jeannine Bernard dans Contes à guérir Contes à grandir de Jacques Salomé
Je crois que le trésor du papa hérisson, c'est sa famille.
Cette famille qui remplit son cœur.
Elle est sa raison d'être, sa richesse.
Papakycétou n'est pas parfait.
Mais il a fait de son mieux avec qui il est.
Lui aussi est digne d'être aimé.
Alors, quand les années ont passé, que Dieu nous aide à montrer à ces papas hérissons qu'ils ont encore de l'importance !
Les relations sont notre trésor précieux.
Attention à nos paroles !
N'oublions pas : la mort et la vie sont au pouvoir de la langue.
Pour y réfléchir, lire :
Jean 13.34-35 ; Jean 15.13 ; Ephésiens 4.1-3, 23-32 (en particulier le verset 29) ; Proverbes 18.21
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